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L'atelier de Beevy :  Quelques textes de mes ateliers


Café soleil bleu


La première gorgée de café-au-soleil

Elle a mis sa chemise dans sa jupe

Je pause la rondeur de la tasse au creux de mes deux paumes jointes un peu fraîches

Avec lenteur elle l’a regardé

Ne rien faire

Elle a rougi

Feuilles vertes frémissantes dans le bleu vif du ciel

S’arrêter- ne plus courir - penser - rêver


Elle a savouré une gorgée seule

Elle a lu pour lui

Elle a mis la main à la poitrine

Sans le regarder

Sans frémir

Elle s’est levée

Elle a mis son bras sur son épaule

Bleu éclatant

Elle a mis son amour sur son épaule

Parce que c’était lui

 

Il est parti

Sans la regarder

Sans frémir


Beauté de la lumière vive d’automne.


Et moi j’ai pleuré

Et j’ai bu jusqu’à la lie


Béatriz Beaucaire, octobre 2021



La première gorgée de café le matin, pour elle, c’est vital.

Dès lors qu’elle va ouvrir les yeux, toutes ses pensées, tous ses gestes auront pour seul but d’accomplir un rituel dont la première gorgée est l’accomplissement.

Lever embrumé, contact de la plante de pieds avec le parquet grinçant de la chambre puis vient le carrelage glacé de la cuisine.

Allumage de la machine à café, contrôle du niveau d’eau dans le réservoir, bruit des grains torréfiés qui tombent dans la caissette. Elle place sa tasse sous les buses. La céramique tinte un peu sur la plateforme en inox.

Vacarme du broyeur, le liquide coule enfin dans la tasse. Le marc qui tombe dans son récipient lui autorise à saisir son précieux breuvage. Ça lui réchauffe les mains.

Elle prend encore son temps, hume la vapeur blanche, approche ses lèvres du récipient et prend sa première gorgée. La trouve-t-elle amer ? ou acide ? Je ne le saurai pas mais ses yeux s’illuminent alors et j’ai enfin le droit à son regard enamouré.


Thiên-Nga




La première gorgée de café est en devenir dans cette éruption mousseuse du geyser expulsé. Ça commence avec ce bruit de bouillonnement globuleux qui crache ses derniers embruns.

Elle était assise avant moi, elle avec son café. 

Déjà là. Déjà bien, là où elle était, elle avec son café. Dans ce lieu qu’elle aimait déjà, ce lieu avec ce café. 

Elle avait mis son chignon, son écharpe marbrée, son manteau sablé. Elle a mis tout son sourire dans le rouge de ses lèvres. Avec sa bienveillance, elle m’a accueillie comme si elle était chez elle. 

Elle a repensé au dessin. Elle a mis son élan dans sa main. Sans crainte. Sans hésitation. Sans carapace. 

Et moi j’ai aimé la voir rentrée dans la boutique. Et j’ai aimé ce lieu où elle était.


EvaNaissance

café


Elle est là, dans ce petit restaurant chic près des quais…Sa première gorgée de café est trompeuse. Chaude, sucrée, à goût de cuir légèrement grillé…

Ils ont mis leurs coudes sur le marbre frais, sur les motifs d’écorces lisses…

La gorgée suivante est comme un bruit de pluie sur la vitre, un agacement des dents et des papilles de la langue qui se hérissent…

Ils prennent toute la place. L’air est empli de leur odeur, de la tempête de leurs gestes, du son de leurs voix. Sans lui parler, sans la regarder, ils semblent lui dire : « Qu’est-ce que tu veux, toi ? T’as rien à faire ici ! ».

Précurseur de l’amer et de maux d’estomac, l’acide du café s’impose ensuite dans sa bouche…Elle les entend…

Ils disent haut et fort : « Nous qui bossons toute la semaine…Tas de feignants ! L’année dernière à New York…Tu as vu ma nouvelle bagnole ? Patrick était vert !… Regarde la nana qui passe… Jamais rien vu d’aussi moche ! ». Ils rient, s’étalent, indifférents et lourds…

Elle la retiendrait bien dans sa bouche sa gorgée de café, pour la cracher…Mais ça ne se fait pas. N’est-ce-pas ? Elle boit, par correction, pour ne pas se faire remarquer et le regrettera longtemps….


Marie-Christine